Carnet de vol : Bretagne – Normandie été 2009

Cette histoire m’a été racontée. Elle a été vécue, visiblement très agréable, simple et tellement jolie. Lisez là bien car, hormis le description de ce voyage, pleins de conseils et d’astuces permettront aux prochains voyageurs de l’Ouest d’avoir quelques repères sympas!

Baissez la lumière, enfermez vous dans le silence et je vous raconte cette histoire…

CARNET DE VOL :    BRETAGNE  – NORMANDIE      ETE 2009     

Survoler la Bretagne, c’est toujours un plaisir et survoler la Normandie, on ne l’avait jamais fait. C’est décidé, avec mes 2 complices de voyage, Gisèle et Louis, notre trip 2009 se fera en France, une fois n’est pas coutume.
Objectif premier, coucher à Ouessant. On y est déjà allé plusieurs fois sans y rester, de crainte de rester clouer au sol par la météo. On va commencer notre voyage par là et on attendra ce qu’il faudra pour repartir…

En direct de LFMH, c’est 4h de vol et à l’arrivée, pas de 100LL dispo. Il faut donc trouver une étape pour refueler si possible sympa et pas chère. Niort fera l’affaire histoire de vérifier que tout ce qui est écrit dans l’info du pilote de Juin 2009 est exact. (Taxe 5 €, café offert, etc…).

Nous décollons donc le dimanche 5 juillet au matin; la météo est OK sur l’ouest mais il nous faut traverser une zone nuageuse allant jusqu’au travers de Montluçon avec par endroit du BKN assez bas voire même trop bas (il y a des orages vers Clermont); on fera donc une route plutôt nord jusque vers Moulins avant de pouvoir prendre un cap sur Niort. Après 2h15 de vol, atterrissage sur la 25 à Niort où le ciel est SCT 25, visi sup. à 10 et vent 270°/5kt. Nous ne sommes pas déçus, étape très pratique et agréable.

Essence (automate Total) puis casse-croute et départ vers Ouessant. Après le décollage, nous survolons le fameux Marais Poitevin, sans grand intérêt car les canaux sont très petits et masqués par la végétation.
Le vol redevient sympa à l’approche du littoral après les Sables-d’Olonne ; l’île d’Yeu à l’horizon sur la gauche, la mer est belle

et plus loin l’estuaire de la Loire, La Baule (pas terrible, alignement d’immeuble sur une grande plage). C’est surtout beau à partir du Golfe du Morbihan, avec en face la presqu’île de Quiberon et Belle Ile. Jusque là , les procédures radio sont succinctes, mais on s’approche de Lorient et il faut un peu se reconcentrer sur la carte pour transiter en suivant autant que possible le cheminement Est-Ouest, tout en parlant au militaire qui n’a pas l’air débordé ce dimanche.

A peine la fréquence quittée, c’est déjà Quimper puis la pointe du Raz qu’on survole à 1500ft. Changement de cap de 90° sur la baie des Trépassés (on sent que la mer ici ne fait pas de cadeau aux marins).
Devant nous  la Presqu’ile de Crozon avec le Cap de la Chèvre et Camaret (on a vu le clocher… mais pas le curé). Le paysage est sublime, mais sur la carte il y a plein de zones rouges (Lanvéoc, terrain militaire) et il faut encore parler un peu pour être autorisé mais ça ne pose aucun problème. On se reporte sur la pointe St Mathieu pour ensuite survoler l’enfilade d’îlots rocheux qui parsème l’océan entre le continent et Ouessant, on traverse en contact  avec Iroise Info (Bienvenue en pays d’Iroise). Juste avant l’arrivée, c’est l’île de Molène (mais pour nous tout va bien, pas de peine…) puis l’Ile d’Ouessant entourée de milliers de récifs, la visi est à perpette, la lumière incroyable, les couleurs vives, bref c’est un grand moment d’avion.

L’agent AFIS nous donne la piste en service, comme le plus souvent c’est la 24 car le vent est ouest 15 à 20 kt; on fait une vent Ar main gauche sans se presser histoire de profiter de la vue. Le seuil de piste est proche d’une falaise au dessus de la baie du Stiff, là où arrivent les bateaux. Pendant la finale, sur la droite se dresse l’immense tour radar qui surveille le rail. Mieux vaut arriver haut sur le plan car ça chahute toujours en courte, de toute façon la piste est bien assez longue pour s’arrêter (830m). Posés après 2h15 mn de vol depuis Niort, il nous reste donc au moins autant d’autonomie dans le réservoir. On va rester 2 jours à Ouessant, à l’hôtel La Duchesse Anne, perché sur un rocher qui domine le port de Lampaul (la capitale de l’île !) ; très bonne adresse. Pour visiter, c’est à vélo et avec Louis on a sillonné tous les chemins, vu toutes les pointes et tous les phares ; nota : Cela va plus vite avec le vent dans le dos… Une visite au musée des phares et des balises au grand phare du Créac’h s’impose (un peu vieillot mais instructif). 2 jours de plein air en dehors du temps fouetté par les embruns, ça fait du bien ; on est vraiment en vacances.

Finalement la météo est clémente et nous quittons Ouessant le mardi 7 pour Lannion. Avant de prendre le cap vers le continent, un tour de l’île pour revoir d’en haut tout ce que nous avons vu d’en bas. La côte NO est la plus impressionnante au point de vue récifs. C’est parti, cap 070°, on a le vent dans le dos, ça pulse et nous voilà déjà sur la côte travers nord de Brest avec le survol du phare de la Vierge.

On est à marée basse, il est presque midi et le littoral est à contre-jour, dommage pour les photos. Nous survolons l’île de Batz face à Roscoff puis la baie de Morlaix et enfin la baie de Lannion.Le terrain est au nord de la ville, 10 NM au sud de Perros Guirec  (point N) sur la côte de Granit Rose que l’on va survoler jusqu’à Trévou-Tréguinec (point PB) avant de terminer par une longue finale 29 autorisée par la TWR;  1h10 mn de vol seulement.  Il n’y a pas gros trafic sur ce terrain, surtout en été ou Air France suspend ses vols ; par contre il y a du 100 LL et un loueur de voiture (Hertz) et c’est pour cela qu’on a choisi ce stop, la voiture est réservée. Notre Chevrolet est vite récupérée, et nous voilà  en vadrouille à la recherche d’une plage pour enfin se baigner ; à force de survoler la mer, on a envie de s’y tremper mais c’est un bain vivifiant.
Le lendemain matin direction Ploubezre, 5 km au sud de Lannion, pour visiter  la Chapelle de Kerfons , petit sanctuaire du XVème nichée en pleine verdure dans lequel se trouve un jubé de style gothique flamboyant magnifique qui vient d’être rénové (ça vaut vraiment le détour). On doit ensuite filer vers Paimpol chez des amis de Gisèle qui nous accueillent en toute simplicité dans leur petit château  situé sur les hauteurs avec une vue à tomber parterre sur l’île de Bréhat. Mais il faut continuer notre périple, le jeudi 9 la météo est toujours avec nous, départ pour LESSAY en Normandie. Je dois retrouver des amis qui habitent à proximité.  Décollage 29, virage à droite direction la côte que l’on va continuer à suivre toujours autour de 1500ft.

Il y a une curiosité naturelle à survoler, au NO de l’île de Bréhat, c’est le sillon de Talbert, tas de galets modelé par les courants qui s’avance comme une digue dans la mer sur environ 2 km puis la baie de Saint Brieuc, le cap Fréhel, Dinard et juste de l’autre côté de la Rance, St Malo et sa fameuse ville fortifiée. Après Cancale, c’est la fameuse baie du Mont St Michel, mais attention, zone R12 de SFC à 3000 ft AMSL, site classé, contournement obligatoire sauf dérogations exceptionnelles accordées par le Préfet de la Manche que nous n’avons pas osé déranger. Il faut donc soit monter et pas voir grand-chose, soit tourner autour car la zone ne fait que 3 NM de diamètre centré sur le Mont.

On va faire 2 tours pour bien en profiter et le GPS nous aide à rester dans les clous. On aperçoit le terrain d’Avranches, Cap au Nord,  on passe Granville, les plages sont rectilignes et larges Arrivée à Lessay en auto-info avec intégration par la verticale  et circuit main gauche pour la 25 ; la piste est en herbe, 1268 m ; au parking, 1h25 au compteur. Mes amis sont là et je vais donner la première leçon de pilotage à François en survolant ses sites de pêche entre la Manche et Jersey qui n’est qu’à 20 NM. Etape gastronomique, mes amis nous font goûter tous ce que la mer produit, y compris les homards.

Le samedi 11 au matin nous revoilà sur le terrain pour la dernière étape côtière. Le ciel est SCT à BKN 1100ft mais la visi en dessous est à 50 km et pas de précipitation. C’est parti, décollage 25, traversée de la presqu’île du Cotentin au cap 040° pour rejoindre la côte de Nacre et survoler les plages du débarquement, on est à 1000ft max. Grandcamp, Vierville, Omaha Beach, Arromanche, on voit distinctement des cimetières militaires géants…  Puis arrive le plateau du Calvados, Ouistreham, la rade de Caen, Deauville (avec les planches) et Trouville.

On aperçoit déjà l’estuaire de la Seine avec sur la rive sud la petite ville de Honfleur et sur la rive nord Le Havre, son port et sa plage. Le terrain est juste au NO proche de la côte mais avant de se poser, on va survoler les fameuses falaises de calcaire d’Etretat, point final de notre excursion « aéro-marine ».
De retour vers le terrain, on passe le point NH et le contrôleur nous autorise une approche directe en 23 ; 1h15 de vol.

On est samedi et  l’agence Hertz est fermée mais nous avons une Chevrolet qui nous attend à l’agence du centre ville. Visite du Havre centre, ville classée patrimoine mondial de l’UNESCO car reconstruite après la dernière guerre par l’architecte Auguste Perret, défenseur et promoteur du béton. C’est surtout l’église St Joseph qui allie la grâce du béton, la beauté du verre et l’élévation de l’esprit qui va rester dans nos mémoires. Soirée à Honfleur qui n’est pas très loin grâce au pont de Normandie. Le lendemain ballade à Etretat pour parcourir le chemin du littoral au bord des falaises, le ciel est magnifique, la mer est belle et moi je me baigne.
Lundi 13, on peut rendre la voiture au terrain, ça nous évite le taxi. Destination Chartres, on a un rendez-vous en fin d’après-midi avec des amis rencontrés lors d’une virée aérienne au Maroc. Ils sont propriétaires d’un MCR 01 et viennent de rentrer de Propriano (ils mettent un peu plus de 4 heures). Le vol n’a rien de très spectaculaire, c’est plat comme la main dans ces coins là… A Chartres, il y a des planeurs qui décollent par treuillage et il faut faire attention à l’arrivée. Quand un treuillage est en cours, silence radio pour ne pas gêner  le type au sol qui guide le pilote par radio pour rester dans l’axe du décollage car la pente de montée est telle qu’il ne voit rien devant. Il faut donc rester un peu à l’écart et attendre. Cela nous permet de d’observer la cathédrale qui est très proche à environ 1 NM du terrain. Procédure terminée, on rejoint  le circuit pour la 28 en dur (840 m) ; 1h05 de vol. Nos amis arrivent un peu plus tard et nous accueillent dans leur maison en plein cœur de la ville à 2 pas de la Cathédrale que nous visitons évidemment (vitraux du XIIème, clocher de 112m de haut… c’est aussi patrimoine de l’UNESCO). Le soir Chartres est en lumières et la ballade à travers la ville est très agréable.
Le mardi 14 juillet, il nous faut rentrer à St Étienne mais pas de chance, un front occlus coupe la France en deux du SO au NE ; à Chartres il faut beau, à St Étienne aussi, mais entre les deux ce n’est pas gagné. Il y a de la pluie, des nuages bas et des orages. Ce front se déplace lentement vers l’est alors on décide d’attendre l’après-midi pour partir. Décollage vers 15h, il fait beau et tout va bien jusqu’un peu avant Nevers. A l’horizon d’abord des nuages hauts puis le ciel s’obscurcit avec des nuages plus bas mais il y a encore du plafond et de la visi. On passe travers Nevers en espérant aller au moins jusqu’à Moulins.

Nous volons vers 2500ft, la ville de Moulins est devant nous mais on n’en voit qu’une partie, le reste est sous une couche de nuage bas et le terrain n’est pas visible ; après Moulins c’est bâché, demi-tour sur Nevers, l’agent AFIS n’est pas là, une verticale puis vent AR main droite pour la 30. On a volé 1h50, on reprend de l’essence, c’est toujours utile en cas de mauvais temps d’avoir de l’autonomie ; il pleut un peu, on va se mettre à l’abri au club  pour faire le point. Vers l’ouest, c’est bon, mais vers le sud-est ça ne s’améliore que très lentement, il est environ 16h30 à notre arrivée et nous attendons… il y a quelqu’un à la station météo, alors je vais le voir. Il prévoit des orages sur Saint Etienne et sa région en fin d’après-midi et en soirée et me déconseille de partir.

Pour nous, l’horizon s’arrange en direction de Saint Etienne, alors vers 18h nous décollons sans difficulté, plafond et visi OK, inutile de voler très haut il n’y a pas de relief notable sur notre route. On passe Moulins qui est bien dégagé puis on aperçoit bientôt la ville de Roanne. C’est gagné, une fois à Roanne on est presque chez nous… mais l’horizon est sombre derrière Roanne et le temps de s’approcher, la pluie arrive, le terrain de Roanne est tout près sur notre droite, il faut se poser ou faire demi-tour, c’est un énorme orage devant nous qui nous barre la route. Procédure simplifiée, une approche rapide directe pour la 20, on se pose sous la pluie battante et attention la piste est trempée, surtout ne pas freiner trop fort, gare à l’aquaplaning. C’est bon, on est sur le parking, mais il pleut à seaux et il faut attendre un moment pour sortir. Le compteur affiche seulement 40 mn de vol. Le gars de la météo de Moulins avait raison et les orages ne vont pas cesser de toute la soirée. Iimpossible de repartir, nous sommes le 14 juillet et le feu d’artifice est dans le ciel, c’est impressionnant. Il nous reste à ranger l’avion et donner un coup de fil à un ami… mais qui va nous dépanner ?

Et bien c’est Guy qui va affronter la route sous les orages avec Marie pour nous permettre de rentrer à la maison. Encore un grand merci. Le lendemain il fait beau et je ramène l’avion à SE ; quelle histoire mais il fallait bien que la météo nous perturbe un peu, tout le reste s’était passé sans déroutement, c’était trop beau.

Total du voyage, 13h44mn de vol, un peu plus de 4h chacun pour un voyage vraiment super. Il faut oser partir, un voyage, ce n’est qu’une succession d’étapes ; il faut simplement admettre que le timing prévu ne sera pas forcément respecté et qu’il faut savoir être patient pour attendre les bonnes conditions et ne pas hésiter à se dérouter.

Merci à Isabelle, Gisèle et  Louis.

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